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Le progrès technique rend-il l'être humain plus heureux ?

Copie d'un élève de terminale générale pour un devoir sur table. Note obtenue: 15/20.

Le progrès technique rend-il l'être humain plus heureux ? Le progrès technique désigne l'ensemble des éléments permettant l'amélioration du processus productif en accroissant la productivité. Être heureux est une notion plus floue, mais il pourrait s'agir de ressentir du bonheur, ce qui se traduit donc par un état de satisfaction totale, de plénitude, de stabilité. Le terme "rend-il" renvoie à un lien de cause à effet: le bonheur dépend-il du progrès technique ? À première vue, il semblerait que le progrès technique nous rende plus heureux. En effet, le progrès technique désigne un acheminement vers la connaissance et l'humain est un animal du savoir, il est donc plus satisfait lorsqu'il connaît. De plus, le progrès nous apporte du confort matériel nous permettant de mieux vivre tel que la communication instantanée avec n'importe quel individu dans le monde.

Mais est-ce si évident ? La définition même du progrès désigne un processus continu, il n'accorde donc pas la stabilité tant recherchée dans le bonheur. Par ailleurs, pouvons-nous être assurés que le bonheur procuré par le progrès technique perdurera ? En effet, la machine à vapeur apportait une certaine satisfaction au XVIIIe siècle qui n'est plus de nos jours. Le progrès technique semble donc se jouer de nous en nous plongeant dans une illusion de satisfaction. Une question se pose alors: le progrès technique est-il une réelle source de bonheur, auquel cas il nous rend plus heureux, ou est-il seulement une illusion permanente du bonheur, auquel cas il nous est nuisible ? Cette question est particulièrement importante, car elle remet en cause les intentions et les dérives du progrès technique. Est-il vraiment bénéfique à l’espèce humaine ? Malgré tout, pouvons-nous nous en passer et serions-nous plus heureux sans ?

Afin de répondre à toutes ces interrogations, nous verrons tout d'abord comment le progrès technique nous a rendus plus heureux. Puis nous poursuivrons en analysant dans quelles mesures il peut être source de nos malheurs. Et enfin, nous terminerons en expliquant que le progrès technique n'est qu'illusion et qu'il ne peut nous procurer un réel bonheur.

I. Le progrès technique nous a rendus plus heureux

Premièrement, le progrès technique nous a rendus plus heureux en subvenant de manière plus efficace à nous besoin vitaux . En effet, le progrès technique comble ce qu'Épicure appelle " désirs naturels et nécessaires " dans Lettre à Ménécée , tels que se nourrir ou encore respirer. L'industrie de l'agroalimentaire nous a, par exemple, permis d'avoir une multitude de nourritures à disposition, facilitant l'accès à la nourriture par rapport auparavant. Cette industrie s'applique d'ailleurs à rendre la nourriture plus saine, améliorant donc la santé des générations à venir. Le bonheur est fourni par le progrès technique, car il apporte l'ataraxie, soulageant l'âme de ses besoins primaires.

Par la suite, Le progrès technique dans le monde du travail a révolutionné la vie humaine . En effet, nous parlions précédemment de santé, et les machines ont totalement bouleversé ce domaine. Karl Marx détaille l'arrivée des machines dans l'industrie dans son œuvre Le Capital . Il y explique au début que les machines ont permis de faire des choses que l'homme ne pouvait pas jusqu'ici. Effectivement, dans le domaine de la médecine, cette idée prend son sens. Nous trouvons, par exemple, l'appareil auditif permettant aux malentendants de mieux percevoir les sons, ou encore l'injection d'insuline permettant aux personnes atteintes de diabète de mieux vivre au quotidien. Toutes ces avancées ont permis à l'homme de ne plus se préoccuper de la majorité des maladies lui conférant ainsi une tranquillité d'esprit et lui assurant une stabilité dans ses maux.

Le progrès technique confère donc un certain soulagement et une stabilité permettant d'être plus heureux. Toutefois, le progrès technique est également la cause de nombre de malheurs de l'être humain.

II. Le progrès technique est source de nos malheurs

Tout d'abord, le progrès technique a, dans le passé, été le déclencheur de désastres à l'échelle humaine . Effectivement, de grands faits historiques désastreux ont eu lieu par le biais du progrès technique. Prenons l'exemple des gaz utilisés lors des deux guerres mondiales tels que le gaz moutarde ou encore le Zyklon B. Ces derniers ont été développés par Heerdt et Haber, deux scientifiques allemands, et ont servi à intoxiquer des millions d'individus dans les camps de mise à mort entre 1914 et 1918 et 1939 et 1945. Durant cette dernière période, nous avons également la bombe nucléaire, développée par plusieurs scientifiques faisant partie du "Projet Manhattan", qui a causé des centaines des milliers de morts à Nagasaki et Hiroshima lorsqu'elle leur a été envoyée par les États-Unis en 1945. Cette avancée technique est par ailleurs toujours source de problème, car nombreux sont les pays en conflit la possédant et que nous savons maintenant qu'elle a la capacité d'éradiquer une ville en quelques secondes. Le progrès technique e-a donc provoqué des malheurs et est encore aujourd'hui au cœur de nos tourments.

De plus, le progrès technique a remplacé l'être humain au cours du temps . En effet, dans le monde du travail cité précédemment, les machines semblent avoir retiré à l'homme son individualité. C'est ce qu'explique Karl Marx dans la suite de son œuvre mais c'est aussi le propos que tient Gilbert Simondon dans son œuvre Du monde d'existence des objets techniques en 1969. Les deux hommes expliquent donc qu'avec le temps, l'industrie des machines a remplacé l'artisanat. Ils expliquent également que cela est mauvais, car il retire à l'humain sa singularité dans le travail et l'enferme dans l'automate des machines. Cela signifie donc que l'homme n'a plus l'impression de progresser, car on ne se sert plus de sa position intuitive. L'avancée technique empêche donc l'avancée humaine et procure une sentiment d'obsolescence chez l'humain.

Le progrès technique est donc source de malheur chez l'espèce humaine et il est bien plus que cela, car les sources de bonheur qu'il octroie sont illusoires.

III. Le progrès technique n'est qu'illusion

Dans un. premier temps, le progrès technique laisse trop d'opportunités à l'homme . Effectivement, le progrès technique a permis énormément de possibilités de vie, malheureusement le temps de vie est toujours le même. C'est ce qu'explique Hartmut Rosa dans Aliénation et accélération en 2010. Il y explique qu'une bonne vie de nos jours signifie une vie accomplie et pleine d'expériences, ce qui explique pourquoi l'homme moderne ne se contente plus de quelques expériences. La possibilité de choix presque infinie de modes et d'expériences de vie devient donc frustrante pour l'être humain, car il ne peut pas tout avoir. Le progrès technique est ici illusoire parce qu'il laisse penser que plus de portes il y a, plus nous avons de chance d'en ouvrir une bonne, mais malheureusement l'homme a tendance à toujours voir l'herbe plus verte dans le jardin du voisin ce qui le frustre.

Par la suite, le progrès technique apporte des solutions à des problèmes qu'il a lui-même créé . En effet, c'est ce que détaille Freud dans Malaise dans la civilisation . Il l'illustre avec l'exemple suivant: nous n'aurions pas besoin de communiquer par le télégramme avec nos amis débarqués (car inquiet de leur situation) si le voyage en mer n'avait jamais été rendu possible. Dans le fait, ces amis seraient restés proches de nous et nous n'aurions pas de soucis à nous faire. Nous comprenons donc bien ici que le progrès technique se joue de nous, car il nous apporte des solutions, de surcroît moins satisfaisantes que notre situation de départ (un télégramme n'équivaut pas à un dialogue de vive voix), à des problèmes qu'il a engendrés.

Enfin, le progrès technique peut mener à notre extinction s’il progresse comme il le fait de nos jours . Effectivement, le progrès technique détruit notre environnement et cela pourrait causer notre perte. Hans Jonas l'explique dans Le principe responsabilité dès 1979. Il dit donc que la soumission de la nature est privilégiée afin que le bonheur humain soit assouvi. Nous pouvons imager cela avec l'industrie du textile. En effet, cette industrie permet aux humains, occidentaux tout du moins, de jouir du large choix de vêtements octroyé par la fast-fashion. Toutefois, nous savons que ce mode de production est une des sources principales du gaspillage (produisant trop par rapport aux ventes faites), qui mène donc au réchauffement climatique et qui finira un jour par totalement détruire notre Terre. Ce progrès technique est une illusion du bonheur, car il accorde à l'humain une satisfaction éphémère cachant un désastre écologique qui apporte dans la finalité plus de malheur à l'espèce humaine que de bonheur.

En définitive, le progrès technique à su rendre l'humain plus heureux par le passé, car il lui était bénéfique en soulageant les inquiétudes de l'époque. De nos jours, le progrès technique n'offre qu'une illusion du bonheur, car il est hors du contrôle de l'homme et qu'il n'a su créer que des solutions à des problèmes qu'il entraînait.

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Corrigés du bac philo – filière technologique : “La technique nous libère-t-elle de la nature ?”

Mort, maladies, catastrophes… La technique nous prémunit, au moins en partie, des agressions de la nature. En ce sens, elle nous émancipe. Pourtant, la technique peut aussi nous aliéner, en nous enfermant dans une logique d’exploitation du monde et de la nature. Pour dépasser ce problème, que les élèves de filière technologique ont été invités à interroger pour l’épreuve du bac, peut-être faudrait-il repenser de fond en comble notre rapport à la technique, non comme un outil de domination et un moyen de nous extraire de la nature, mais comme une manière de vivre en harmonie en son sein. C’est ce qu’avance l’agrégée de philosophie Apolline Guillot dans sa proposition de corrigé.

Proposition de correction : il s’agit ici de pistes possibles de traitement du sujet et non de la copie-type attendue par les correcteurs !

  • Auteurs : Descartes, Platon, Simondon, Heidegger
  • Concepts : technique, art, liberté

Introduction / Problématisation

L’homme fait partie de la nature : elle est son terrain de jeu et sa prison, dont il ne sort que lorsqu’il meurt – et encore, la mort elle-même fait partie de la nature. Par « nature », on entend ici l’ensemble des choses physiques, ainsi que les lois qui régissent leurs interactions. Impossible d’aller contre la gravité, le vieillissement des cellules ou encore un tremblement de terre.

Impossible, vraiment ? À mieux y réfléchir, on se rend compte que nous avons aujourd’hui la capacité de nous affranchir de certains processus « naturels ». Médecine, architecture, pesticides, fusées spatiales... Nombreuses sont les innovations qui aujourd’hui rendent possible un certain affranchissement de la nature. La technique a donc une fonction émancipatrice : elle permet à l’homme d’échapper à certaines contraintes, de repousser certaines limites.

Mais si l’on examine de plus près en quoi consistent nos dispositifs techniques, on se rend compte qu’ils dérivent soit de l’expérience ordinaire et de l’imitation de la nature, soit de la connaissance des lois de la nature. Dans tous les cas, ils s’appuient sur une connaissance du fonctionnement du monde pour construire un outil ou un système capable de produire des effets qui n’existaient pas auparavant. En bref : la technique fait jouer la nature contre son propre camp, la subvertissant à son profit. Là où il pensait se libérer de la nature, l’homme ne fait que la prolonger en l’utilisant dans ses outils. Jusqu’à l’exploitation.

Première partie / La technique comme moyen pour l’homme de se libérer de la nature

Si l’homme fait partie de la nature, ses relations avec cette dernière sont médiatisées par un troisième terme, l’outil . En effet, le seul usage de ses forces physiques le condamnerait à une mort certainement bien plus rapide qu’aujourd’hui, tant la nature l’a doté de peu de défenses naturelles.

C’est la leçon du mythe de Prométhée tel qu’il est raconté par Platon dans le Protagoras  : Épiméthée, le frère de Prométhée, oublie les hommes au moment de distribuer les qualités et dons physiques parmi les animaux. Inventer des prolongements de son corps, des moyens d’augmenter ses capacités naturelles ou des abris pour se protéger, sont autant d’activités qui ne sont pas simplement du « luxe », mais des moyens de survie !

On peut aller encore plus loin : être « libéré » des contraintes naturelles ne veut pas seulement dire « éviter la mort ». C’est donc pour améliorer la vie humaine que les sciences et les techniques se sont développées, comme l’affirme Descartes dans le Discours de la Méthode  : il serait criminel de ne pas mettre les progrès de la science au profit de l’humanité. En maîtrisant les lois qui régissent le monde, les hommes pourraient se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » , afin de jouir d’un plus grand confort, mais surtout, de soigner leur corps.

Cependant, cette amélioration de la vie humaine est-elle pour autant une réelle « libération de la nature »  ? En effet, Descartes ne prétend pas s’affranchir des lois de la nature, mais bien de les exploiter au profit de l’humanité. Cette exploitation des lois de la nature peut amener à malmener la Nature dans son ensemble, comme équilibre fragile de forces que nous ne maîtrisons pas forcément.

Deuxième partie / La technique n’est pas outil de libération, mais d’asservissement 

Si nous avons jusqu’à présent parlé de la nature comme une collection de lois et de phénomènes, la nature renvoie également à un système complexe intégrant tous ces éléments. Cette approche globale de la nature comme équilibre de forces est intéressante car elle en fait un ensemble dynamique, et pas seulement un stock de ressources disponibles à exploiter.

En cela, la technique ne nous libère pas de la nature mais nous donne l’illusion de pouvoir y échapper alors même que nous en sommes toujours des parties. Certaines innovations techniques, en poussant à bout nos ressources ou en entraînant des effets encore mal maîtrisés sur notre santé, mettent en péril notre propre survie !

C’est l’effet pernicieux de la technique que dénonce Heidegger : elle repose sur une approche utilitaire du monde qui nous entoure, en nous en excluant à tort.

Cependant, lorsqu’on parle de « libération » de la nature puis d’« exploitation » de cette dernière, on a en tête un nécessaire rapport de force binaire qui se rapproche de ce que Hegel appelle la « dialectique du maître et de l’esclave » . Toute relation entre l’homme et la nature consisterait soit en un rapport de dominé à dominant, soit l’inverse.

Ne faut-il pas sortir de ce paradigme pour proposer une approche de la technique comme médiation harmonieuse entre l’homme et son environnement ?

Troisième partie / La technique se tient aux côtés de la nature et de l’homme

Plus que d’être simplificatrice, la dialectique de la libération et de l’asservissement est dangereuse. C’est en tout cas ce que suggère Gilbert Simondon dans Du mode d’existence des objets techniques . À ses yeux, la méconnaissance de la machine est la plus profonde cause d’aliénation dans le monde. Ce n’est pas en accusant les machines sans en comprendre le fonctionnement que nous serons capables de rendre nos technologies adéquates à nos valeurs humaines.

En opposant radicalement technique et nature, nous faisons de la technique un domaine à part de la culture humaine, et nous lui retirons le droit d’être porteuse de valeurs, de vision, et de significations propres.

Simondon propose une voie de réconciliation entre l’homme, la nature et son environnement technique. Selon lui, l’homme a pour fonction d’être le coordinateur et l’inventeur permanent des machines qui opèrent avec lui. Loin d’être un maître ou un esclave, il est le chef d’orchestre qui fait fonctionner main dans la main ses objets techniques et la nature.

La question de savoir si la technique libère l’homme de la nature comporte plusieurs dangers que nous avons identifiés. Si en effet nous avons pu voir que la technique libérait l’homme de certaines contraintes naturelles, il ne faut pas oublier que l’homme, tout comme les outils, sont des parties d’un système unique, la Nature. Cet oubli peut conduire à des débordements, notamment à une exploitation de la nature qui se retourne contre l’homme et l’asservit à son tour, le mettant en danger de mort ou d’extinction globale. Nous avons enfin choisi de nous distancier de cette opposition binaire et de considérer la technique comme l’une des manières qu’a l’homme d’habiter le monde. On se rend compte alors que cette dernière, en s’intégrant dans nos vies quotidiennes et en transformant notre environnement, véhicule elle aussi des valeurs et des significations culturelles.

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  • Cours : La technique

La technique Cours

La technique s'entend comme les moyens, matériels et intellectuels, qui permettent de transformer la nature. Les outils, qui sont au départ le prolongement du corps (exemple de la main) supposent également le recours à l'intelligence humaine. Ils ne cessent d'évoluer pour perfectionner la maîtrise par l'être humain de son environnement, au risque d'aller trop loin. La foi dans le progrès, qui peut être vu comme un projet narcissique, engendre des risques, perceptibles à l'échelle individuelle, mais également au niveau de l'organisation politique de la société.

La technique, une activité proprement humaine

La technique est une activité proprement humaine qui se définit comme l'ensemble des procédés utilisés par l'être humain pour transformer la nature par le travail. Cette activité proprement humaine repose sur la création de l'objet technique. La technique permet alors à l'être humain de maîtriser son environnement.

Définition de la technique

La technique peut être définie comme l'ensemble des moyens matériels ou intellectuels permettant d'obtenir efficacement des résultats déterminés. La technique se transmet d'un être humain à l'autre et évolue par accumulation.

Les moyens techniques sont de deux ordres :

  • soit matériels : la maîtrise des outils ;
  • soit intellectuels : la connaissance des procédés opératoires.

La technique constitue à la fois une forme de savoir (les instructions, la connaissance des procédés opératoires) et une forme de savoir-faire (la production à proprement parler). Ce savoir-faire rend possible la production d'effets réitérables par des moyens efficaces, qui permettent à l'être humain de parvenir à ses fins.

Le caractère transmissible de la technique permet de différencier l'activité technique humaine de l'activité technique animale.

Certaines espèces de singes ont recours à des formes d'outils techniques, notamment en utilisant des pierres pour casser des noix. Cependant, jamais ces singes ne se servent d'un outil pour en créer un autre.

À proprement parler, les animaux ne fabriquant pas les outils dont ils se servent, il s'agit plutôt d'« instruments ».

La technique possède un caractère cumulatif : chaque machine ou outil inventé permet d'en créer d'autres, directement ou par combinaison.

Certaines grandes inventions techniques ont permis à l'être humain de faciliter son travail et d'accroître sa maîtrise de l'environnement :

  • La roue : c'est le premier mécanisme qui permet de transformer un outil en machine simple. Grâce à la roue, l'être humain a créé la poulie ou encore le treuil. Aussi fondamental, le levier, qui dépend directement de la connaissance géométrique, est combiné avec la roue dans l'engrenage, système de machines simples.
  • La multiplication des rouages a permis de créer une machine complexe, l'automate. L'engrenage en est le prototype : il était utilisé comme support des machines mécaniques divertissantes d'Héron d'Alexandrie au I er siècle.
  • La machine moderne transforme une source d'énergie en une autre. Ainsi, la machine à vapeur transforme l'énergie thermique de la vapeur d'eau en énergie mécanique permettant de faire avancer un train.
  • La machine programmable repose sur l'information. L'information est une notion scientifique comme celle d'énergie. Ces machines ont envahi le monde du XXI e siècle, il s'agit des ordinateurs, des robots ou encore des pilotes automatiques.

La création de l'objet technique

L'être humain se caractérise comme étant l'animal qui, usant de sa main et de sa raison, est capable de production, c'est-à-dire de créer des objets qui n'existent pas à l'état naturel. Vu comme un prolongement du corps humain, l'outil est aussi un prolongement de la pensée, une concrétisation de la réflexion humaine.

Aristote dit que la main est le premier outil de l'être humain.

« La main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu de tous les autres. […] Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance ou épée ou tout autre arme ou outil. Elle peut être tout cela parce qu'elle est capable de tout saisir et de tout tenir. »

Parties des animaux

IV e siècle av. J.-C.

La main n'est pas un outil comme les autres : c'est en un sens l'outil des outils, car elle est ce qui permet à l'homme de manier d'autres outils. C'est la main qui rend l'usage d'outils possible.

L'usage de la main n'est pas suffisant pour caractériser la technique, puisque le chimpanzé, qui possède une main similaire, n'a pas de technique.

L'être humain, l' Homo sapiens (littéralement, « homme savant ») est avant tout un Homo faber , c'est-à-dire un être capable de fabriquer des outils. C'est l'idée du philosophe Henri Bergson.

« En définitive, l'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer les objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication. »

Henri Bergson

L'Évolution créatrice

Pour Bergson, la capacité de fabriquer indéfiniment de nouveaux outils ainsi que la capacité de varier l'usage possible de chaque outil déjà créé sont la marque de l'intelligence proprement humaine.

L'ethnologue André Leroi-Gourhan montre aussi que l'utilisation de l'outil distingue l'être humain des autres vivants. Selon lui, le premier grand tournant de l'histoire de l'humanité est le passage à la station verticale. En se dressant debout, l'être humain a pu libérer ses mains, lui permettant alors de se saisir d'outils et de travailler.

Par ailleurs, si l'outil est propre à l'être humain, c'est parce qu'il nécessite une anticipation mentale sur son usage. L'outil et la technique semblent donc être les fruits de la réflexion et de l'intelligence proprement humaines.

L'usage de la pierre taillée – incontestablement un outil – précède de loin l' Homo sapiens . Il caractérise déjà nos ancêtres dits « homininés », l'australopithèque, puis l' Homo habilis .

Couplée à l'intelligence proprement humaine, la main est ce qui rend possible la technique. La technique se distingue ainsi de l'action comme activité de production. L'action poursuit un but, la technique réalise un objet. Elle se démarque également de la production naturelle, car l'objet produit l'est artificiellement.

La technique pour maîtriser l'environnement

Ce qui distingue l'être humain de l'animal, c'est sa capacité à travailler la nature, c'est-à-dire à la transformer en utilisant des moyens techniques.

L'animal s'adapte à son environnement, l'être humain transforme son environnement grâce à la technique. Chaque savoir ou savoir-faire en appelle un autre. De ce fait, la technique est un moteur de l'histoire, puisqu'elle permet l'évolution du travail de l'être humain et la démultiplication des possibilités de transformation de la nature.

Chaque nouvelle invention technique permet de révolutionner le travail de l'être humain et a transformé la nature. Joseph Schumpeter et Karl Marx ont insisté sur le caractère décisif de l'innovation technologique dans la transformation du monde.

« Le moulin à eau vous donnera la société avec le suzerain [le seigneur de la société féodale] ; le moulin à vapeur, la société avec le capitalisme industriel. »

Misère de la philosophie

Si l'animal vit dans un environnement naturel qui constitue son milieu, l'être humain, quant à lui, vit dans un environnement artificiel, son « monde habitable ». Ce monde habitable est le produit de la technique.

Le feu permet de se chauffer et de se protéger, de cuire des aliments, de préparer des matériaux de construction. Par la suite, la métallurgie, l'industrie du verre et la plastification, qui utilisent le feu, transforment l'habitat en des bâtiments de plus en plus complexes. On parle alors de « monde artificiel », essentiellement urbain, dans lequel vit l'être humain aujourd'hui. C'est bien le travail qui est à l'origine de la modification de la nature.

Si l'être humain a transformé la nature en construisant des villes, il a également réussi à maîtriser, d'une certaine façon, le temps.

Les TGV permettent aux êtres humains de traverser très rapidement des distances considérables et les avions passent d'un continent à l'autre en une seule journée.

Le monde habité par l'être humain n'a ainsi plus rien de naturel. Heidegger conçoit la technique comme un « arraisonnement », c'est-à-dire une mise à la raison, presque une « mise au pas » du monde naturel. La nature ne serait plus qu'un puits de ressources disponibles et exploitables. René Descartes, déjà, définissait la technique comme une manière de rendre les êtres humains « maîtres et possesseurs de la nature ».

La prise de conscience écologique montre toutefois que l'être humain n'est pas satisfait de cette transformation de la nature. Celle-ci n'est pas, comme on le dit dans le langage courant, « une source inépuisable de richesses ». Déjà, au XIX e siècle, Thomas Malthus montre que le rendement de l'agriculture diminue au fur et à mesure qu'augmente la population.

La remise en cause du progrès technique

La technique ne cesse pas de progresser, comme elle a permis l'amélioration des conditions de vie de nombreuses populations, une foi dans le progrès technique perdure. Toutefois, on peut se demander si le progrès technique n'est pas un projet narcissique et si le règne de la technique ne présente pas des risques.

La foi dans le progrès technique

La technique a permis d'améliorer les conditions de vie d'un certain nombre d'être humains, raison pour laquelle une foi dans le progrès technique s'est développée. En philosophie, on parle de positivisme.

Avec l'avènement du capitalisme industriel au XIX e siècle, l'image des sociétés humaines a changé inexorablement : les villes se sont agrandies, les campagnes se sont dépeuplées progressivement, les conditions de vie sont devenues bien meilleures, la vie est apparue plus simple, la technique, omniprésente. Ces nombreux changements ont conduit la majorité de l'humanité à avoir une forme de foi dans le progrès technique et les miracles qu'il pourrait accomplir.

Le positivisme d'Auguste Comte et de Saint-Simon, qui pensent que la société et les phénomènes humains doivent être les prochains objets de la science afin de rendre la société meilleure, s'est propagé dans la culture populaire. Depuis, cette foi dans le progrès ne s'est pas perdue. Au contraire, elle apparaît plus forte que jamais. Paradoxalement, de nouveaux projets techniques ont pour but de réparer le mal fait par la technique.

On voit l'émergence de projets de géo-ingénierie pour réparer les dégâts causés par la technique sur le climat terrestre.

Un projet narcissique

Une question se pose : pourquoi l'être humain continue-t-il à croire dans un progrès qui l'a conduit dans la situation écologique que l'on connaît aujourd'hui ?

Pour Jean-Jacques Rousseau, on doit douter de la bonne volonté de l'être humain et tenter de comprendre ce qui peut le pousser à croire dans ce progrès technique. On s'aperçoit alors qu'il est en réalité mu par son ego, son « amour-propre ».

« […] des abîmes comblés, des montagnes rasées, des rochers brisés, des fleuves rendus navigables, des terres défrichées, des lacs creusés, des marais desséchés, des bâtiments énormes élevés sur la terre, la mer couverte de vaisseaux et de matelots ; […] on ne peut qu'être frappé de l'étonnante disproportion qui règne entre ces choses, et déplorer l'aveuglement de l'homme qui, pour nourrir son fol orgueil et je ne sais quelle vaine admiration de lui-même, le fait courir avec ardeur après toutes les misères dont il est susceptible. »

Jean-Jacques Rousseau

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

L'être humain se rend malheureux en tentant de façonner le monde à sa gloire. Il ne fait que travestir la nature dont Rousseau pense qu'elle est le meilleur en lui. En ce sens, le progrès technique qu'accomplit l'être humain lui nuit, car il n'est que le fruit de l'orgueil qu'il développe en société.

Dans cette mesure, le progrès technique est une tentative désespérée de l'être humain pour se rendre aussi grand qu'un dieu : il voudrait refaçonner le monde, voire lui-même, mais, ce faisant, il agit égoïstement et détruit tout ce qui est bon en lui.

Les dangers du règne technique

Jacques Ellul qualifie la technicisation du milieu de vie humain par le terme de « règne technique ». Aujourd'hui, la technique est partout dans les sociétés humaines, et elles présentent des dangers, notamment des dangers humains et politiques.

Les dangers humains

Jacques Ellul qualifie cette technicisation du milieu de vie humain par le terme de « règne technique ».

Selon lui, la technique en tant que moteur de notre société se révèle dangereuse car elle ne distingue pas l'être humain d'un objet. Dans le règne technique, tout n'est que calcul et statistique au service du dogme de l'efficacité : il faut pouvoir tout catégoriser selon des critères techniques afin de pouvoir créer des connaissances et des technologies toujours plus efficaces.

En ce sens, la technique, en tant que moyen pour l'être humain de prendre des décisions, finit par l'aliéner en lui dictant ce qu'il doit faire et comment. Ce dernier n'a alors plus qu'à laisser sa conscience et son intellect de côté pour devenir, à son tour, l'outil au service de l'efficacité technique.

C'est le critère technique d'efficacité qui a engendré les chaînes industrielles et les nombreux cas d'aliénation qui y ont été rattachés.

« L'homme participe bien à l'économie, mais la technique l'y fait participer comme une chose. »

Jacques Ellul

La Technique ou l'Enjeu du siècle

© Armand Colin, 1954

Selon Ellul, la technique a pris, à partir du XIX e siècle, une forme qui réduit l'être humain à des statistiques pour pouvoir définir son utilité. Dans cette mesure, il ne participe à l'économie que comme une chose selon les critères techniques.

Les dangers politiques

Une autre idée émerge, celle selon laquelle il faudrait gouverner la société selon les critères de la technique : c'est la technocratie.

La technocratie peut avoir trois grands sens :

  • Comme phénomène socio-historique, c'est une notion souvent utilisée de manière démagogique afin de définir une forme de domination politique incarnée par la classe sociale des experts.
  • Comme phénomène politico-administratif, la technocratie représente le passage d'une société où le chef d'État est seul décisionnaire à une société où le pouvoir décisionnel réside largement dans les mains d'experts et de techniciens.
  • En tant que courant de pensée, les technocrates sont des individus qui pensent qu'il est nécessaire que le pouvoir décisionnel soit dirigé par des connaissances objectives.

L'idée des technocrates est simple et semble implacable : la meilleure décision est toujours la décision prise en connaissance de cause. Les technocrates ont donc besoin d'une société qu'ils connaissent pleinement, c'est-à-dire d'une société parfaitement organisée où la sphère privée est pratiquement inexistante. Ce faisant, ils aliènent l'être humain.

Selon leur raisonnement, la société parfaite est une société où il n'y a plus aucune décision à prendre parce que tout choix est conditionné par de savants calculs. L'œuvre qui se rapproche le plus de cette vision de la société est probablement 1984 de George Orwell, qui décrit une société soigneusement organisée et donc prévisible.

« Nous n'avons plus rien à perdre et plus rien à gagner, nos plus profondes impulsions, nos plus secrets battements de cœur, nos plus intimes passions sont connues, publiées, analysées, utilisées. L'on y répond, l'on met à ma disposition exactement ce que j'attendais, et le suprême luxe de cette civilisation de la nécessité est de m'accorder le superflu d'une révolte stérile et d'un sourire consentant. »

Ellul dessine avec une prédiction étonnante les problèmes actuels générés par la vente d'informations privées sur Internet. Il y a, dans la vision technocrate de la politique, un véritable danger pour l'être humain.

Dissertations corrigés de philosophie pour le lycée

Catégorie : La technique

La technique, cette extension de la capacité humaine à transformer le monde matériel, joue un rôle essentiel dans notre existence moderne. Elle soulève des questions sur la créativité technologique, les implications éthiques de l’innovation, et la manière dont la technologie influence notre mode de vie. L’exploration de la technique nous amène à réfléchir sur les avantages et les inconvénients de notre relation avec les machines.

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Doit-on avoir peur de la technique?

La technique, omniprésente dans notre quotidien, offre autant de possibilités qu’elle peut susciter d’inquiétudes. Le sujet de cette dissertation vise à évaluer en profondeur les arguments pour et contre la peur de la technique.

  • Dissertations
  • La technique

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A quoi sert la technique ?

La technique, omniprésente dans notre quotidien, soulève de nombreuses interrogations philosophiques. Abordant l’utilité et la finalité de la technique, cette dissertation tentera de dévoiler les différents aspects et enjeux qui y sont liés.

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Peut-on renoncer au progrès technique ?

La question de la renonciation au progrès technique soulève de nombreux débats philosophiques. En effet, si le progrès technique est souvent associé à l’amélioration de nos conditions de vie, il peut aussi engendrer des conséquences néfastes.

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La technique est-elle le propre de l’homme ?

La technique, considérée comme l’application de connaissances pour atteindre un objectif, est souvent associée à l’humanité. Cette dissertation explorera si la technique est intrinsèquement humaine, en examinant les arguments pour et contre cette affirmation.

Infographie présentant la technique pour visser avec du bois des mèches et des vis

Une technique est-elle bonne parce qu’elle est efficace ?

La dissertation philosophique qui suit explore la question de savoir si l’efficacité d’une technique détermine sa bonté. Nous analyserons les différentes perspectives philosophiques, éthiques et pratiques pour comprendre la complexité de cette relation entre efficacité et bonté dans le domaine technique.

La technique est-elle naturelle à l'homme ? Corrigé de dissertation : épisode • 4/4 du podcast Bac philo 2014

La technique est-elle naturelle à l'homme ? Corrigé de dissertation

Cette émission propose un corrigé du sujet de dissertation "la technique est-elle naturelle à l’homme " élaboré par hugues marminat, professeur de philosophie au lycée français de bruxelles..

  • Hugues Marminat Professeur de philosophie au lycée Français de Bruxelles

Cette émission propose un corrigé du sujet de dissertation "La technique est-elle naturelle à l’homme ?" élaboré par Hugues Marminat , professeur de philosophie au lycée Français de Bruxelles.

Compréhension du sujet

1) Qu'est-ce que la technique ?

  • chez les Grecs, la technè = art (savoir-faire, habileté). Elle s’oppose à l’ épistèmè (la science théorique)
  • Chez les modernes, la technique est « technoscience » : c’est le savoir matérialisée, la science appliquée. Décloisonnement entre science et technique. Le savoir-faire renvoie à un stade dépassé de la technique : celui de l’artisanat et de l’outil.
  • Du coup, le mot "technique" renvoie aujourd’hui à un savoir-faire simple, l’habileté des mains
  • Alors que le mot "technologie" = opérations de fabrication complexes, intégrées au corps de la "technoscience" : électronique, techniques de l’information et de la communication, génie génétique et biotechnologies, etc.
  • De quelle technique parlons-nous ? "La" technique = terme générique, abstrait et trompeur
  • Il y a pour aller vite 3 âges de la technique = l’artisanat, l’industrie et l’ingénierie, les nouvelles technologies. Chacun pose des problèmes spécifiques dans sa relation avec la "nature humaine"
  • Chaque objet technique induit une différence d’appréhension, de prise en main, d’effet sur l’homme. Un parapluie, une voiture, et un téléphone portable ne produisent pas le même effet.

2) Que signifie "naturel à"  ?

  • ce qui appartient à la nature d’un être, ce qui est relatif à la nature humaine, ici.

L’Homme est-il naturellement technicien ?Peut-on définir l’être humain comme un être qui fabrique et utilise des outils, objets artificiels ?La technique suffit-elle à englober toute la complexité humaine ?

  • Ce qui est inné, ce que l’homme possède en naissant. S’oppose à acquis, appris.

Naturel s’oppose ici à culturel. La technique est-elle fait biologique, qui vient de son corps ou bien est-elle un fait culturel majeur, ce qui fait entrer l’homme dans l’histoire ?La technique ne modifie-t-elle pas la nature humaine ?

  • Ce qui correspond à l’ordre habituel, ce qui est considéré comme normal (« c’est naturel » = ça va de soi), ce qui s’impose comme une évidence. Aisance avec laquelle on se comporte, spontanéité.

La technique moderne n’est-elle pas devenue si omniprésente, si normale, qu’on ne peut plus s’en passer ? L’homme n’est-il pas un utilisateur compulsif de techniques ?

3) Définir le terme "homme"

  • désigne le genre humain, par opposition au reste des animaux.

L’homme est-il le seul animal technicien ? La technique est-elle le propre de l’homme ?

  • de quel homme parle-t-on ? Le fabricant (artisan, ingénieur) ou l’utilisateur (travailleur, consommateur)

4) « est-elle » : 

  • Présent de vérité générale qui renvoie à une essence, à un être permanent de l’homme
  • Mais en réalité, le rapport de la nature humaine à la technique a bien changé.

Problématisation

  • Paradoxe du sujet

On oppose, par définition, la technique à la nature. Mais, il y a toujours eu de la technique : la technique est connaturelle à l’homme. Dès qu’il apparaît, c’est déjà outillé ! Aussi loin qu’on remonte, la technique est là, disponible. En ce sens, elle est "naturelle à l’homme", au sens où elle a toujours été à sa disposition, associée à l’homme. Il n’y a pas d’état pré-technique de l’homme (sauf hypothétique = l’état de nature chez Rousseau) La technique est-elle une faculté naturelle (biologique, innée) à l’homme ?L’homme a-t-il une tendance naturelle à fabriquer et à utiliser des outils ?D’où vient l’impulsion ? De lui ? Ou de l’extérieur (son environnement) ? Trouve-t-on de la technique chez les autres animaux ou bien est-ce le propre de l’homme ?La technique est-elle déjà dans la nature avant l’homme ? Ou bien n’est-elle naturelle qu’à l’homme ?Continuité ou discontinuité ?

2) Plus qu’un fait biologique, la technique est un fait culturel = il fait entrer l’homme dans l’histoire

La technique se trouve du côté de l’acquis, du progrès ! Dès lors, elle introduit une rupture avec la nature (qu’il faut dominer, domestiquer, humaniser) et avec la "nature humaine" : l’homme se définit comme libre, indépendamment de toute détermination préalable. Il change la société, le monde et lui-même au rythme de ses techniques : l’homme se fabrique !

3) Mais justement, la technique, en devenant notre milieu (la "technosphère", le "technocosme", ou le "technosystème") de développement et de vie, ne modifie-t-il pas complètement la nature même de l’homme, sa façon d’être ? 

L’homme est-il encore maître de ses créations, de ses outils ?La technique ne l’asservit-elle pas autant qu’elle le libère ? Ne sommes-nous pas devenus dépendants de nos objets techniques, aliénés à eux ? La technique est devenue omniprésente, normale, allant de soi. Elle est un phénomène irréversible, avec lequel il faut composer : elle est notre destin.

Plan détaillé

I) LA TECHNIQUE EST NATURELLE A L’HOMME

A) Le corps humain est naturellement technicien : il a des mains !

  • Texte sélectionné : Aristote, Des parties des animaux.

B) L’évolution : l’homme est devenu technicien

  • Texte sélectionné  : LEROI-GOURHAN , Le geste et la parole , tome II (1965)

C) Définir l’homme comme « homo faber » : la technique comme propre de l’homme.   

  • Henri Bergson : L’Évolution créatrice (1907)

II) LA TECHNIQUE EST CULTURELLE ET NON NATURELLE : ELLE ELOIGNE L’HOMME DE LA NATURE

A) La technique fait sortir l’homme de la nature et le fait entrer dans l’histoire

  • Rousseau, Discours sur l’Origine et les Fondements de l’Inégalité parmi les hommes .

B) La technique doit nous rendre "comme maîtres et possesseurs de la nature".   

  • Descartes, Discours de la méthode, VI

C) Par la technique, l’homme se « fabrique » lui-même

1) La technique est l’objectivation de la subjectivité humaine

  • Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

2) L’homme construit son propre monde et se construit en retour

  • Marx, Manuscrits de 1844

3) Critique du machinisme. La technique peut aliéner l’ouvrier

  • Marx , Le Capital

III) LA TECHNIQUE EST DEVENUE « NATURELLE A L’HOMME » : ELLE S’IMPOSE A LUI, ELLE S’INCORPORE A LUI, ELLE DEVIENT LUI.

A) La technique devient autonome : elle s’impose à l’homme. Elle est notre destin

  • Heidegger, L’Essence de la technique

B) La technique incorporée : le corps augmenté ou amputé ?

  • Merleau-Ponty , Phénoménologie de la Perception

C) Une nouvelle humanité : « Homo portabilis » ou « Petite Poucette » ?

  • Dominique Lecourt , Humain, Posthumain
  • Michel Serres, Petite Poucette

Textes lus par Olivier Martinaud

  • Aristote, Les Parties des animaux , § 10, 687 b, éd. Les Belles Lettres, trad. P. Louis, p. 136. 137
  • Leroi-Gourhan, Le geste et la parole , tome 2, 1965
  • Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique , 1969

Extrait diffusé

« Google glass, le test en vidéo », article vidéo, Le Monde , 03/10/2013

Musiques diffusées

  • Kraftwerk, The robots
  • Pink Floyd, Welcome to the machine
  • Téléphone, Hygiaphone

"2 minutes papillon" de Géraldine Mosna-Savoye 

  • Nathalie Monnin, Qu'est-ce que penser librement ? Apogée
  • Jean Danielou Collaboration
  • Marianne Chassort Collaboration
  • Mydia Portis-Guérin Réalisation
  • Olivier Guérin Réalisation
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La technique est-elle libératrice ou au contraire un facteur d’esclavage ?

Par Clément

Rédigé le 16 décembre 2019

3 minutes de lecture

dissertation philosophie progrès technique

  • 01. Introduction
  • 02.  Caractère libérateur de la technique
  • 03. Facteur d’esclavage de la technique
  • 04. Conclusion

Sophie

Introduction

Le mot technique vient du mot grec tekhnê qui désignait dans l’antiquité tous types de savoir faire, permettant de remplir une activité ou de fabriquer un objet avec efficacité et de manière appropriée. Dans une acception plus large il comprend également l’ensemble des objets artificiels créés par l’homme à commencer par les outils et les machines. Ce terme de technique a deux sens : le terme désigne un savoir faire, une habileté à effectuer une action ou à produire un objet ; cette première acception nous renvoie au concept grec de la tekhnê ; le deuxième sens nous familiarise avec le progrès dans son ensemble à commencer par les outils et les machines.

Le développement technique à l’heure de son apogée au 20ème siècle peut donner l’impression que l’homme se libère toujours plus des contraintes que lui imposait jusqu’alors la nature. Il est en effet en mesure de conjuguer les maux naturels comme la faim, la maladie et la mort ou encore s’approprier l’espace qui est la maitrise du temps. Toute fois cette dynamique libératrice s’est non seulement accompagnée de maux nouveaux mais s’est transformé en servitude. Non seulement les retombés de la technique ont saccagé le paysage détruit des espèces, pollué l’atmosphère mais ont touché l’homme dans son corps et son âme en induisant une vie et une philosophie que les tristes formules : « Métro, Boulot, Dodo » et « On n’arrête pas le progrès » résument assez bien quant aux caractères mécaniques et fatales de l’existence, les slogans vont dans le sens d’une dénonciation de la technique comme facteur d’esclave et destructeur. Le problème est donc le suivant : la technique est-elle libératrice ou au contraire facteur d’esclavage ?

 Caractère libérateur de la technique

  • En temps que savoir faire, nous pouvons mettre en avant son caractère libérateur (sportif qui est plus performant car la technique est au point). En temps que technologie, elle facilite la communication, le transport ce qui entraine une ouverture sur le monde.
  • Le confort et l’allègement des tâches pénibles dans le domaine du travail grâce au machinisme permettent également d’aller dans ce sens.
  • Les progrès accomplis dans le domaine de la médecine semblent lui donner toute puissance et tout pouvoir.

Facteur d’esclavage de la technique

  • Cependant ces progrès technologique rendent indépendants (addiction).
  • Cela devient un besoin.
  • Le rapport d’addiction à la technologie peut empêcher l’ouverture à la culture.
  • Certaines formes de travail mettent l’homme dans une situation d’esclavage (travail à la chaine, France télécom).
  • La technique accentue le conformisme.
  • Les menaces sur l’homme sont effrayantes (Armes, écologie).

En philosophie cours , doit-on renoncer à la technique en raison de ses conséquences désastreuses ?

  • Le monde dans lequel on vit est essentiellement technique et un retour en arrière est peu envisageable. Le travail est essentiel pour l’homme et la technique en est caractéristique.
  • La solution se trouve dans la raison, la prise de conscience, réflexion : nous pouvons à cet égard citer le penseur et humaniste Rabelais : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il ne faut plus utiliser la technique pour exploiter la Nature mais pour la protéger. Il faut l’utiliser de façon mesurée.

Le développement technologique aujourd’hui met l’homme dans une situation de dépendance et d’esclavage. Toutefois l’homme peut sortir de ce cercle vicieux et ne plus être esclave de la technique à partir du moment où il accorde de l’importance à la réflexion et à l’usage de ce qui est le propre de l’homme, sa raison.

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dissertation philosophie progrès technique

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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Avertissement habituel pour ceux qui tomberaient sur cet article par hasard : aucun traitement d’un sujet de dissertation n’est LE modèle de ce qu’il fallait faire. En l’occurrence c’est une proposition qui s’accorde à ce que je voulais faire avec mes élèves dans le cadre d’une progression précise qui permette d’aborder certains auteurs. Je conseille donc de suivre les liens qui se trouvent dans le document, afin de lire les textes auxquels l’argumentation fait référence. Ils sont plus importants que la dissertation elle-même. En fin d’article vous trouverez le lien vers le document .pdf, pour lire l’ensemble plus confortablement, et vous trouverez dans la marge le plan de la dissertation. Ci-dessous, les parties sont séparées, après chaque transition, par une illustration.

dissertation philosophie progrès technique

Parce qu’elle est facilement conçue comme un ensemble de moyens augmentant les possibilités offertes à l’être humain, parce que cette augmentation est, aussi, synonyme de puissance, la technique est volontiers considérée comme un facteur de liberté. C’est pourquoi on pense spontanément que les peuples ou les époques qui en ont été privées étaient voués à la faiblesse et à la soumission face à la nature. Pourtant, on peut soupçonner un manque d’approfondissement derrière une telle position : après tout, on prend de plus en plus conscience que la technique n’offre plus aussi clairement un véritable pouvoir sur le monde, beaucoup d’entre les hommes s’apercevant qu’ils servent le développement technique plus que celui-ci ne les sert ; chacun peut désormais être victime plutôt que bénéficiaire des dispositifs techniques contemporains. Ce malentendu vient d’une double simplification. L’une d’elle concerne la technique elle-même, car on croit que l’augmentation de sa puissance est aussi un accroissement du contrôle qu’on aurait sur elle, et sur le monde. L’autre est une méprise qui concerne la liberté, et cette méprise repose sur la même confusion. Il faudra donc qu’on examine les raisons pour lesquelles on peut, effectivement, penser que la technique nous rend libres vis-à-vis de la nature, mais dans un deuxième temps on analysera plus profondément ces deux notions pour constater que la promesse de maitrise que comporte la technique n’est pas nécessairement respectée, et que la liberté ne consiste pas en l’augmentation exponentielle des possibilités qui nous sont offertes ; enfin, pour éviter de demeurer dans une opposition stérile, on se demandera si cette puissance offerte à l’homme par la technique, qui le submerge de plus en plus, ne l’appelle pas aussi à devenir plus responsable. Nous émettrons alors cette hypothèse a priori peu évidente, que la responsabilité puisse constituer la forme la plus élevée de liberté.

dissertation philosophie progrès technique

C’est dans un mythe antique qu’on peut trouver le premier signe d’une conception de la liberté qui lie celle-ci à l’apparition de la technique. Tel que le relate le sophiste Protagoras dans le dialogue de Platon auquel il donne son nom, le mythe de Prométhée semble accréditer l’idée que, sans la technique, l’homme serait soumis à un monde dans lequel il n’aurait aucune place, et pour lequel il ne serait pas équipé. Epiméthée, le frère de Prométhée, ayant distribué aux autres êtres vivants toutes les qualités leur permettant de survivre, oublie l’être humain qui est alors voué à être envoyé dans le monde nu, sans armes et sans protection. Ce qu’apporte Prométhée à l’homme en compensation, c’est la technique, dont l’image mythique est le feu volé aux dieux. Ce faisant, il apporte à l’humanité une puissance divine qui lui assure la première des libertés, condition nécessaire de toutes les autres : la survie. L’homme devient capable de s’équiper lui-même, et de disposer artificiellement de tout ce dont chaque animal bénéficie naturellement. Ainsi peut-il s’abriter, se protéger comme le font les proies, mais aussi attaquer, percer, poursuivre, dépecer comme le font les prédateurs. Capable d’une adaptation universelle, il peut vivre n’importe où car il ne dépend plus d’un milieu particulier. C’est là sa liberté, qui le distingue des animaux dont l’existence est déterminée.

Cette promesse de survie dans un monde qui ne lui était pas a priori destiné, l’histoire de l’humanité semble prouver qu’elle a été tenue. Mieux que ça : non seulement l’homme a survécu mais il a fait peu à peu de ce monde auquel il était auparavant étranger, son monde. Et l’activité technique qui ne devait être, à l’origine, qu’une compensation de la faiblesse constitutionnelle de l’homme, est devenue une puissance de conquête qui a permis à l’humanité de façonner le monde selon ses propres projets. Celui qui a sans doute le mieux cerné cette dimension de la technique, c’est Descartes quand, dans son Discours de la méthode , il affirme que l’homme devient « comme maître et possesseur de la nature ». Si le rapport de l’homme au monde change radicalement, c’est qu’au 17 ème siècle, Descartes observe la façon dont le savoir-faire fusionne désormais avec le savoir. Auparavant en effet, les savants étaient déconnectés de ceux qui agissaient et modifiaient matériellement le monde. L’apport de la méthode cartésienne, c’est d’alimenter l’action technique avec la connaissance scientifique. Et ce que pronostique le philosophe, c’est que cette association va décupler ce dont l’homme sera capable sur Terre, et il précise les domaines dans lesquels la maîtrise de l’homme va progresser : la disparition du travail tout d’abord, puisque des machines s’en chargeront, mais aussi la médecine (qui n’est pas encore, au 17 ème siècle, une discipline scientifiquement constituée) et la maîtrise des humeurs et comportements humains. Cette plus grande latitude d’action, cette façon qu’a Descartes de décrire l’homme comme on le faisait, jadis, de Dieu, ce sont les signes évidents d’une plus grande liberté. L’homme ne subit plus sa faiblesse par rapport à la nature, il en tire ce qu’il veut. Son action ne se limite plus à accompagner les cycles du monde, attendant patiemment que celui-ci produise ce dont l’homme a besoin, elle consiste maintenant à provoquer la nature pour obtenir ce qu’on veut. Si l’ancienne condition humaine était contrainte par le manque d’aptitude à faire du monde ce qu’on veut, alors le progrès technique peut bel et bien être considéré comme un gain en liberté, et nous savons bien, nous qui regardons les prédictions cartésiennes depuis le 21 ème siècle, de quelle manière l’histoire les a confirmées, et combien l’homme a effectivement acquis, au cours de révolutions techniques successives, un pouvoir sans concurrence sur la nature.

Mais plus profondément, on peut affirmer qu’un être libre, c’est un être qui accomplit sa nature profonde. S’il y a une vocation à être un certain genre d’homme et un certain type de boxeur, alors en devenant Mohamed Ali, Cassius Clay devint l’homme qu’il désirait être. Et c’est sans doute là l’une des plus belles conceptions de la liberté qu’on puisse proposer : être libre, c’est s’accomplir, réaliser ce qui constitue, en soi, son potentiel propre. De la même façon, si on pouvait montrer que la technique est le potentiel propre de l’humanité, alors on pourrait démontrer qu’en devenant technicien l’homme chemine véritablement vers sa liberté. Or c’est précisément le propos d’Aristote quand, dans son ouvrage les Parties des animaux il analyse le corps de l’homme en focalisant son attention sur la présence de deux membres très particuliers, en lesquels réside pour lui l’essence de l’homme : les mains. En effet pour Aristote, les mains n’ayant pas d’utilité définie par avance si ce n’est de réaliser ce que la pensée conçoit, et donc de devenir ce que l’imagination en fait, elles sont comme deux prises universelles, libres de toute fonction prédéfinie. Dès lors, à la différence des pieds qui sont dédiés à la marche, elles sont disponibles et peuvent se mettre au service d’un projet qui ne serait pas déjà inscrit dans les gènes de l’espèce. L’analyse qu’en mène Aristote conduit à considérer les mains comme des prises sur lesquels on va pouvoir brancher les périphériques que sont les outils, qui sont le fruit spécifique de la pensée humaine. Disons ça autrement : les mains sont le signe que l’homme n’est pas complet. Ses mains permettent de le redéfinir en branchant sur son corps ce qui va le compléter. La technique est l’art de concevoir et réaliser les outils offrant au corps humain de nouvelles capacités. Alors, si la liberté est la possibilité de réaliser sa propre essence, de devenir ce qu’on doit être, la technique étant pour l’homme ce qui lui permet de s’accomplir, est bel et bien ce qui le rend libre.

Il y a donc des raisons valables d’affirmer que la technique soit pour l’homme un gage et un gain de liberté. Mais il faut pour cela accepter l’idée que la technique se définisse avant tout par la maîtrise d’un nombre croissant de possibilités, et que la liberté se reconnaisse précisément dans ce nombre sans cesse plus élevé de nouveaux pouvoirs sur le monde. Or de telles conceptions sont contestables. D’abord parce que la technique n’est pas toujours définie par la maîtrise, c’est-à-dire par une claire représentation des effets de ce qu’on fait, mais aussi parce que la liberté ne se réduit pas à la puissance accrue de profiter du monde. C’est en remettant ces conceptions en question qu’on va pouvoir supposer que la technique, contrairement aux apparences, ne nous rende pas libres.

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C’est dans le domaine politique qu’on peut le mieux saisir le fait que la liberté ne puisse pas être définie comme la simple possibilité de faire absolument tout ce qui nous tente. Une telle liberté serait tout d’abord impossible, car elle plongerait l’humanité dans un conflit généralisé, mais même si elle était possible, il ne s’agirait pas de liberté, mais d’un simple laisser-aller. Ainsi, chez le précurseur anglais des Lumières John Locke, on trouve à de nombreuses reprises l’idée que si les lois ne s’opposent pas à la liberté, c’est précisément parce qu’être libre ne consiste pas à se laisser aller à faire quelque chose pour la simple raison que cette chose puisse être faite. Le monde offre énormément d’opportunités, et on pourrait penser que la liberté consiste à les saisir toutes, et à faire tout ce qui nous plait. Mais John Locke, entre autres dans son Deuxième Traité du gouvernement civil , contredit cette conception simpliste. Ainsi écrit-il « la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qu’il lui plaît ». Il ne s’agit pas pour lui d’être rabat-joie ou liberticide, mais de comprendre que si la liberté est une valeur, alors elle doit se situer à un niveau d’exigence plus élevé. Ainsi, on n’est pas libre quand on fait ce qu’on veut, mais quand on veut ce qu’on fait, c’est-à-dire quand l’action est la suite d’une volonté clairement pensée et dans laquelle on est prêt à s’engager. Ça n’a donc pas grand-chose à voir avec l’impulsion et le caprice consistant à exiger d’être immédiatement satisfait. Etre libre, c’est identifier des objectifs, les déterminer comme la fin que poursuivra l’action, et tout faire pour atteindre cet objectif. Mais on n’est pas libre quand on fait tout ce qu’il est possible de faire sans avoir au préalable identifié les buts qu’on poursuit.

Or la technique est devenue précisément ce processus par lequel on n’agit pas en poursuivant un but clairement identifié comme valable, mais pour la simple raison que ce qu’on fait est possible. Le développement exponentiel de la puissance technique a fait émerger énormément de possibilités dont l’homme est friand pour la seule raison qu’il est plaisant d’explorer de nouvelles possibilités, et d’aller plus loin que le seuil qu’on a jusque-là atteint. Ainsi, peu à peu, le progrès technique a cessé de viser un quelconque bénéfice pour l’être humain, et n’a plus pour objectif que l’augmentation des performances pour elle-même. Il suffit d’observer la façon dont les automobiles deviennent à chaque nouvelle génération plus puissantes que les précédentes, roulant plus vite, accélérant plus fort. Quand on désigne comme « meilleure » voiture celle qui met quelques centièmes de secondes de moins qu’une autre pour accélérer à 100 km/h, il est évident que le terme « meilleure » ne renvoie pas à un quelconque bénéfice pour l’être humain, mais à un strict gain en pure performance quand on la met en rapport, non pas avec l’usage qu’on peut en avoir, mais avec les performances d’une autre voiture. La technique ainsi conçue comme une quête sans fin de performances toujours accrues n’a plus pour objectif de faire survivre l’homme, ni même de le faire vivre mieux puisqu’on le sait, le prix à payer pour ce niveau de puissance, c’est un risque accru d’accidents, de catastrophes, et un malaise grandissant de l’homme vis-à-vis du monde technologique auquel il contribue. Tout se passe comme si le développement de la technique se faisait indépendamment de la volonté humaine, celle-ci étant asservie au progrès, sans même le décider. Ainsi, le rapport entre l’homme et la technique semble inversé. Désormais, c’est celle-ci qui utilise celui-là comme son outil. Dans une telle perspective, on peut comprendre que la technique ne puisse plus être considérée comme un facteur de liberté.

Plus grave, il n’est même pas certain qu’on puisse encore affirmer que, dans la sphère de la technique, l’homme soit encore en maîtrise de ce qu’il fait. Pour que l’homme soit « maître et possesseur de la nature », il faut qu’il soit maître de ce qu’il fait. Or comme on vient de le voir, il y a dans la technique une puissance qui l’envoûte au point que c’est elle qui le mène, plus que l’inverse. Cette possibilité quasi infinie d’agir sur le monde engage l’homme dans une démesure qu’il ne peut pas contrôler, dans des processus et des dispositifs dont il ne peut même pas avoir de représentation claire. C’est ce que les grecs, dans l’antiquité, auraient appelé l’ hybris , un mode d’excès dans lequel l’homme oublie ce qu’il est pour se lancer dans des actions qui sont censées être le propre d’êtres inhumains. Cette démesure, un penseur en particulier l’a diagnostiquée au 20 ème siècle. En effet, en particulier dans son ouvrage Nous, fils d’Eichmann , Günther Anders a observé la façon dont les processus techniques ont, à partir de l’industrialisation, peu à peu échappé à la représentation et la perception de l’homme, quand bien même celui-ci continue à contribuer à ce que ces processus fonctionnent. D’Hiroshima, Marguerite Duras écrivait qu’on n’avait rien vu. La puissance de cette bombe tient pourtant dans une mesure : 15 kilotonnes. Et pour nous dès lors, c’est cela une bombe atomique : Hiroshima. Mais comment peut-on, alors, se représenter ce qu’est une tête nucléaire océanique, telle que la France en équipe ses missiles, alors qu’elle est dotée d’une puissance de 100 kilotonnes ? Et quel rapport avons-nous, dès lors, avec les ogives B53 américaines, dont la puissance grimpe à 9000 kilotonnes ? Qu’est-ce que 600 Hiroshima ? Cet exemple, qu’Anders ne considèrerait pas comme spectaculaire, mais comme monstrueux, n’est que le point culminant d’un processus qui est à l’œuvre dans la totalité des aspects de l’existence humaine dès qu’elle a pour environnement un monde devenu technique. A strictement parler, personne ne peut avoir de représentation claire de ce en quoi consiste vraiment le processus global de la production et de la consommation des marchandises. Nous n’avons plus de représentation claire de nos existences, et c’est la complexité technique qui est à l’origine de cet aveuglement. Dès lors, nous ne pouvons plus prétendre maîtriser notre œuvre, comme un conducteur qui aurait perdu le contrôle d’une voiture qui continuerait cependant d’avancer. Celui-ci, ne choisissant plus la direction qu’il suit, ni la vitesse à laquelle il se déplace, ne peut prétendre être libre ; à strictement parler, il est aliéné par le processus même qui fait qu’il est en mouvement.

La technique serait donc un processus n’ayant pas tenu ses promesses et qui, en devenant démesurément puissant, échappe au contrôle même de l’homme, alors qu’il est son œuvre, et qu’il continue à y contribuer. Autant dire dès lors qu’il est difficile, dans ces conditions, de penser encore que l’homme puisse connaître, grâce à la technique, un accroissement de sa liberté. Au contraire, il semble aliéné par celle-ci, plongé dans l’hybris d’une quête absurde de performances sans cesse augmentées, se rêvant maître et possesseur d’un monde dans lequel il n’est pas sûr de pouvoir vivre encore bien longtemps, et dont il ne peut plus avoir de représentation fiable à moyen terme. On pourrait être tenté de conclure là, et de laisser l’homme en échec devant ce qu’il a lui-même fait. Pourtant, il est encore possible d’émettre une hypothèse qui maintienne une forme d’espoir : cette situation dans laquelle l’homme se trouve, il doit en répondre. Or la responsabilité peut être conçue, aussi étonnant que ça puisse paraître, comme le degré supérieur de la liberté.

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Le risque de la façon dont Günther Anders analyse le monde mécanique dans lequel l’humanité a été plongée par l’industrialisation, c’est qu’on pourrait en tirer comme conclusion que l’homme n’est pas responsable d’un processus qui a échappé à son contrôle. Pourtant, si son ouvrage s’adresse littéralement au fils d’Adolf Eichmann, Klaus Eichmann, qui n’est pour rien dans la conception et la mise en œuvre de la solution finale, c’est bien pour que ce fils qui’ n’y est pour rien réponde. Et la réponse qu’il lui propose consiste à œuvrer objectivement et réellement pour un projet contraire à celui de son père. Celui-ci travaillait à détruire l’homme ? Alors son fils peut en répondre en œuvrant contre cette extermination et donc, pour la paix. Quand bien même nous ne sommes pas les auteurs du monde qui nous est transmis, nous pouvons prendre la décision d’en répondre, c’est-à-dire de travailler, même si c’est dans l’incertitude quant à la réussite d’un tel projet, à reprendre la main sur les processus qui nous encadrent nos vies. Pour cela, il faut comprendre le fait que les structures qui organisent et mènent ces dispositifs ne sont plus compréhensibles parce qu’elles relèvent d’idées, d’abstractions détachées de la réalité et inaccessibles désormais à l’homme. Nous vivons en fait dans une idéologie, c’est-à-dire dans un monde qui n’est plus transformé pour que l’homme puisse y vivre, mais pour que des abstractions et valeurs censées être supérieures puissent s’y développer. Adolf Eichmann est l’un des acteurs d’un tel monde : par pure idéologie, il contribua à édifier un mécanisme qui n’avait pas pour but de permettre à l’homme de vivre sur Terre, mais d’installer sur la surface de la planète une certaine idée, supposément supérieure, de ce qu’est l’homme. Nous continuons à vivre sous la direction d’idées que nous ne comprenons pas, grâce à une technologie que nous ne comprenons pas davantage. Mieux, nous la concevons précisément conformément à notre incompréhension, et nous la chargeons de prendre en charge tout ce qui nous échappe. Reprendre le contrôle de la vie humaine, c’est accepter d’en faire quelque chose dont l’homme lui-même puisse se saisir, et non ce dont il est constamment dessaisi.

Et pour commencer, l’homme doit se ressaisir comme technicien, et non comme simple utilisateur ou consommateur de techniques. Jacques Ellul, dans son Exégèse des nouveaux lieux communs montre qu’il n’y a pas l’homme d’un côté, et les machines de l’autre. Dans un monde de machines, l’homme est un être formé pour ce monde, et par ce monde. Quand on crée l’automobile, on crée l’automobiliste qui va avec, et celui-ci ne peut prétendre, tant qu’il est au volant, être maître du processus automobile, puisqu’il en est lui-même non pas le concepteur, mais le fruit. De même, dans un monde fondé sur la consommation, le consommateur ne peut prétendre être maître du processus auquel il participe tant qu’il ne prend pas conscience qu’il en est lui-même le produit. En fait, on peut considérer que ce monde technique est pour l’homme contemporain ce que fut la nature pour l’homme du passé : un ensemble dans lequel l’être humain souffre, tout en croyant jouir, parce qu’il ne le comprend pas, et que dès lors il ne se comprend pas non plus. Or, ce qui a permis à l’homme de trouver sa place dans la nature, c’est la combinaison de la technique et de la connaissance. On peut dès lors penser que ce qui permettra au même homme d’habiter cette nouvelle nature qu’est pour lui le monde technique contemporain, c’est de nouveau la connaissance et le savoir-faire qu’il apprendra à mettre en œuvre. Mais la complexité de ce monde, et le fait que l’homme lui-même en soit le produit ont pour conséquence qu’un tel projet de reprise en mains ne peut être que politique, c’est-à-dire qu’il doit être mené communément par les êtres humains, et qu’il doit viser à réformer profondément la façon dont la technique est mise en œuvre, en lui fixant pour commencer des objectifs qui ne soient pas eux-mêmes purement techniques. Si on relit Jacques Ellul avec attention, on peut avoir l’impression qu’il renvoie dos à dos l’initiative individuelle et l’action politique. Mais s’il le fait sans pour autant désigner d’autre acteur de cette profonde remise en question, c’est qu’en réalité, c’est dans un processus simultanément commun et personnel que l’humanité doit se lancer. Politiquement, un tel mouvement est donc nécessairement démocratique s’il doit engager chacun dans un objectif commun. Et en tant que tel, parce qu’il appelle l’homme à s’émanciper, et que cet appel se fait de plus en plus pressant, parce que le monde technique est de moins en moins humain, on peut considérer que, paradoxalement, cette urgence qui est le fruit du développement technique est un milieu qui, finalement, contraint l’homme à travailler à sa propre libération.

La situation actuelle de l’homme ressemble donc fort à celle qui fut la sienne lorsqu’il fallut survivre dans le monde à la seule puissance potentielle de ses mains. Ce qu’il a fallu construire pour habiter la nature, il faut encore le concevoir pour habiter ce monde technique. Plutôt qu’une contrainte, on peut y voir une invitation, un appel. C’est ainsi qu’Henri Bergson conclut son livre Les deux Sources de la morale et de la religion , considérant que cette même technique qui avait enraciné l’homme dans les considérations purement matérielles pouvait être le point d’appui permettant désormais son élévation spirituelle. Il faudrait pour cela fixer à la technique des objectifs nouveaux, et la mettre au service d’une telle ascension. Le monde contemporain donne de tels signes : nombreux sont ceux qui commencent à prendre des distances avec le principe univoque de la plus grande consommation possible, se souciant des conséquences d’un tel mode de vie, pour l’humanité actuelle, mais aussi pour celle qui viendra plus tard. Cette aptitude à se soucier des êtres humains qui nous sont les plus étrangers, puisqu’ils n’existent pas encore et que nous ne les rencontrerons jamais, est une aptitude véritablement morale et elle est en fait rendue possible par la conscience que nous avons des conséquences à très long terme des techniques que nous mettons en œuvre aujourd’hui. Ce à quoi s’éveille peu à peu l’humanité, mise devant son propre fait accompli, c’est à sa propre responsabilité. On aurait tort de voir là une aliénation supplémentaire pesant sur les épaules des hommes. La responsabilité n’est le contraire de la liberté que si on conçoit celle-ci comme une absence de limites, une possibilité de faire absolument tout ce qui est tentant, or nous avons vu qu’une telle conception est simpliste, et irréaliste. En revanche, nous avons pu constater qu’être libre consiste précisément à opter pour des objectifs qu’on identifie comme valant la peine d’être poursuivis, et donc à délaisser les autres possibilités. En privilégiant la stricte efficacité, La logique technicienne consiste à ne se poser la question des conséquences pour les autres que s’il est rentable de le faire. Mais dès lors que les conséquences se situent bien au-delà des limites de sa propre existence, il n’y a jamais d’intérêt particulier à en tenir compte. Prendre en considération ce qui peut aller contre notre propre intérêt, et répondre de nos actes en l’absence même de ceux qui pourraient nous demander des comptes, c’est donc un progrès moral. Quand, dans Le Savant et le politique , l’économiste et sociologue allemand Max Weber distingue deux types de motifs d’action, l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, on peut comprendre cette distinction ainsi : celui qui est mené par sa propre conviction admet qu’il agit de la seule façon qui est pour lui possible, et ce indépendamment des conséquences de son acte. Il agit par devoir et, ce faisant, renvoie sur une autre autorité que la sienne (les valeurs morales supérieures, une idéologie, ou un commandement divin) la responsabilité de ses actes. Ainsi, ceux qui pensent qu’il faut tout céder au principe du progrès technique considèrent que, de toute façon, il faut « aller de l’avant », et que si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place. Une telle position renonce à la liberté, puisqu’elle se plie à un ordre supérieur comme si celui-ci s’imposait, et décide pour soi de ce qu’on doit faire. Au contraire, agir selon l’éthique de responsabilité c’est faire passer les conséquences de ses actes avant les principes qui pourraient les guider, c’est donc affirmer qu’on est l’auteur de ses actes, puisqu’on aurait pu agir autrement. La responsabilité est donc liée à la liberté, puisqu’un être qui ne serait pas libre ne pourrait être considéré comme responsable de ses actes. Cette responsabilité que l’homme sent peser sur ses épaules à mesure qu’il se rend compte des conséquences potentiellement catastrophiques de son rapport purement technique au monde, elle n’abolit donc pas sa liberté. Au contraire, en lui permettant d’avoir une idée plus claire du devoir qui est le sien, et en le laissant seul décider de ce qu’il fera puisque ceux qui subiront les conséquences de ses choix techniques ne vivront que bien plus tard, cette hybris technique dans laquelle il se découvre aujourd’hui met en lumière la liberté profonde  dans laquelle il se trouve, et qui le rend terriblement responsable.

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Ce qui ressort de notre réflexion, c’est que les premières raisons qui pouvaient nous amener à penser que la technique nous rend libres étaient simplistes et trompeuses car elles étaient fondées sur une conception erronée de la technique, mais aussi et surtout de la liberté. C’est pour cette raison qu’il a fallu convenir qu’en réalité il y a quelque chose de profondément contraignant dans le développement de la technique au point que, loin d’être un facteur de liberté, ce soi-disant progrès puisse être considéré comme aliénant. Mais nous ne nous sommes pas contentés de ce constat un peu technophobe qui aurait condamné l’humanité à être submergée par le monde qu’elle a produit. En réalité, il est possible de reconnaître une forme de gain de liberté dans la technique, en vertu même du fait qu’elle porte au plus haut point la responsabilité de l’homme. Or, comme on l’a vu, la responsabilité est aussi une forme élevée de la liberté, car elle marque, et elle affirme la volonté de celui qui agit, et confirme après coup que telle était bien sa volonté. Ainsi, la technique confirme ce qu’en disait dès l’antiquité le mythe de Prométhée : en offrant à l’homme une puissance qui est le propre d’être surhumains, elle l’invite à se hisser spirituellement et moralement à la hauteur de ce pouvoir. Et c’est là que réside une liberté digne d’être conçue comme une valeur supérieure.

Si vous préférez lire le document tranquillement en format texte, vous pouvez le télécharger en format .pdf :

Toutes les illustrations sont extraites du film d’animation Kid’s story , un des courts métrages constituant la série animée The Animatrix , conçue comme une extension de l’univers de la trilogie Matrix . Ce segment de la série est réalisé par Shinichirō Watanabe, aussi connu pour être le créateur de la série animée Cowboy Bebop .

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Bonjour monsieur, J'ai pris plaisir à lire cette proposition de corrigé d'autant plus que cela m'a rappelé vos cours car…

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Est-il raisonnable d'avoir peur du progrès technique ? - publié le 18/07/2022

Thèmes abordés.

Progrès technique , peur du progrès technique, accident technologique, peur de l'inconnu, Descartes , intelligence artificielle , peur contre-productive, Hans Jonas , principe de précaution

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Résumé du document

Nous vivons une époque marquée par des progrès techniques toujours plus nombreux et dans tous les domaines de notre existence. Ce que l'on pensait impossible il y a seulement cinquante ans en termes de communication, de transports, ou de robotisation se réalise ou est en passe d'aboutir. Nous améliorons sans cesse ces outils et ces méthodes qui nous permettent de répondre à nos besoins, ce qui ne peut manquer de produire un formidable espoir, puisque tout progrès est par définition positif. Cependant, ces avancées sont accompagnées d'une peur grandissante : on craint les dangers des nouvelles technologies, on perçoit le progrès technique comme une menace pour l'humanité. Cette peur peut sembler exagérée au vu des nombreux bienfaits que le progrès technique nous a déjà procurés ; mais en même temps, n'est-elle pas légitime si on considère les dérives de ce progrès ? N'aurait-on pas des raisons d'avoir peur des avancées de la technique ?

  • Une peur bien fondée
  • Une peur contre-productive
  • Cultiver une méfiance raisonnable à l'égard des progrès techniques

[...] Esprit critique comme juste distance entre peur paralysante et confiance aveugle. Fait d'agir en prenant des précautions, sagesse, circonspection. Hans Jonas et le principe de précaution montrent que certains progrès techniques doivent être interdits lorsqu'ils mettent en danger l'humanité, comme par exemple le clonage reproductif.Il faut cultiver cette méfiance raisonnable au sein de toute la population, car la régulation du progrès technique relève de la morale et de la politique. Exemple des comités d'éthique : réflexion citoyenne sur des avancées techniques comme la GPA ou la PMA. [...]

[...] C'est une autre raison d'avoir peur. En effet, nous avons naturellement peur de l'inconnu, puisque nous ne pouvons pas évaluer les risques ou les avantages. Par prudence, nous avons tendance à rejeter ce qui est inconnu. Nous pouvons faire le parallèle avec le progrès technique : nous savons que les techniques ont des effets qui n'apparaissent qu'à long terme, comme nous avons déjà pu le constater par le passé, avec les effets secondaires de certains médicaments, comme dans le cas du « Mediator » ; ce médicament prescrit dans le traitement du diabète et pour lutter contre la prise de poids entraîne des accidents cardio-vasculaires qui auraient fait environ 500 morts ; mais le lien entre le médicament et ces effets n'a été fait que tardivement. [...]

[...] Et plus les conséquences d'une perte de contrôle sont graves, car les techniques deviennent plus puissantes. On peut légitimement se demander si nous serons toujours capables de maîtriser nos inventions, ou si celles-ci vont nous échapper comme le monstre échappe à Frankenstein. Le roman publié en 1818 par Mary Shelley montre bien que cette peur d'une perte de contrôle sur nos inventions n'est pas nouvelle, et les accidents technologiques confirment que nous ne pouvons tout maîtriser, avec une gravité croissante de ce danger. [...]

[...] Par exemple, certains vaccins posent problème : mais est-ce une raison valable pour ne plus se faire vacciner, comme c'est la tendance actuelle en France ?Une peur contre-productiveLa peur ne repose pas toujours sur une information objective et un raisonnement rigoureux : elle ne relève pas de la raison, elle n'est pas toujours fondée. Elle est alimentée en grande partie par une tradition de fiction dystopique. Par exemple dans les films comme « Terminator ». Évoquant les innovations techniques, souvent IA, échappant à l'homme. Or le but de la science-fiction est d'imaginer un futur, non dans un but d'information, mais pour créer des émotions. La fiction est l'œuvre de l'imaginaire distincte de la réalité. [...]

[...] Même si certaines techniques ont un but de destruction, la majorité est pacifique et a un but positif comme améliorer les conditions de vie humaine. (cf., Descartes et Jonas). Donc il n'est pas raisonnable d'avoir peur de l'ensemble du progrès technique, car les dérives et inconvénients sont inférieurs aux avantages amenés par la technique.Même lorsqu'il y a un danger réel et avéré, la peur est contre-productive. La peur conduit au rejet et donc à l'arrêt de tout progrès. Comme les communautés amish refusant le progrès technique (car celui-ci favorise l'orgueil) et le refus des avancées médicales des 20 et 21e siècles. [...]

  • Nombre de pages 3 pages
  • Langue français
  • Date de publication 18/07/2022
  • Consulté 1 fois
  • Date de mise à jour 21/07/2022

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Progrès technique

Par Flowzee   •  1 Avril 2020  •  Dissertation  •  1 067 Mots (5 Pages)  •  927 Vues

L’Homme c est opposé à la nature et progressivement l a transformée. Par son travail, il a modifié son environnement pour répondre au mieux à ses besoins, se protéger des éléments, se nourrir accroître son confort ainsi que celui de ses semblables. S’est-t-il pour autant affranchi de celle-ci ?

Grâce à son intelligence fabricatrice, il a conçu des outils le secondant dans ses travaux, lui permettant ainsi de parfaire ses inventions, d’améliorer et faciliter sa vie.

De plus en plus, et d’années en années, au fil des siècles ses outils se sont développés, perfectionnés, et le savoir nécessaire pour les concevoir mais aussi pour les utiliser s’est complexifié. Ainsi, certaines machines, crées par l’Homme dans le but d’effectuer des taches qui lui serait impossible d’accomplir par sa main ou par son outil le plus sophistiqué, demandent maintenant un tel enseignement que seul certains Hommes les plus expérimentés ou détenteurs de certains savoir sont en mesure de les faire fonctionner. Face à une telle supériorité de la machine, l’Homme n’a pas d’autre choix que de se plier aux règles et au rythme que leur usage imposent, le temps de leur utilisation pour mener à bien son projet.

Serait-ce alors une forme moderne d’esclavage ? L’Homme, de part sa dépendance toujours plus grande à la machine, serait devenu esclave du progrès technique ?

Existe-t-il une réponse à la question

« Le progrès technique libère-t-il l’Homme de la nature ou est-il une forme moderne d’esclavage ? »

L’homme, grâce à la technique, par laquelle il est parvenu à transformer son milieu naturel pour répondre à ses besoins, s’est affranchi de certains de ses contraintes dictées par la nature. Il a amélioré les conditions de sa survie. Il a donc pu accroître ses libertés en augmentant ses possibilités d’actions. Dans le mythe de Prométhée, par la faute d’Epiméthée, l’Homme est, à la naissance, l’être vivant le plus démuni, dans l’incapacité d’assurer sa survie. Volant le feu aux dieux pour le donner à l’Homme, Prométhée offre alors aux êtres humains la technique, leur permettant de sortir de leur condition animale pour se forger comme Homme. La technique est ici présentée comme la clé de la libération de l’homme de l’emprise de la nature.

Selon Aristote, la main est un outil polyvalent. Elle peut tout aussi bien créer des outils qu’utiliser ces mêmes outils pour parvenir à ses fins. Grâce à la main, l’homme développe donc à la foi son intelligence et son savoir-faire, il augmente par la même occasion son pouvoir sur la nature. La machine décuple les forces de l’homme, et donc sa liberté vis a vis des conditions naturelles dont il s affranchit peu à peu.

D’après Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, les principaux reproches faits au machinisme tels que de faire de l’ouvrier un robot, ou encore uniformiser la production, sont relativisés comparé au temps économisé. L’Homme peut alors utiliser ce temps libre pour développer son esprit plutôt que s’abandonner à de « prétendus amusements qu’un industrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous ». Il prône ainsi le “gain de temps“ de l’industrialisation organisée telle que le travail à la chaîne.

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technique philosophie

La technique en philosophie : les principales thèses

Cet article s’intéresse aux thèses philosophiques sur la technique. Cette dernière façonnant le monde humain, il est essentiel de l’analyser.

SPINOZA, Traité théologico-politique , Chap.V : l’utilité de la société

A la manière de Platon et Aristote qui voyaient dans la Cité la seule voie pour parvenir au bonheur, Spinoza loue les avantages de la société . “Ce n’est pas seulement parce qu’elle protège contre les ennemis que la société est très utile et même nécessaire au plus haut point, c’est aussi parce qu’ elle permet de réunir un grand nombre de commodités .” En effet, une société réunit un ensemble d’individus complémentaires.

Ensemble, ils forment un tout organisé et cohérent, d’une efficacité aucunement atteignable par un seul homme. En effet, nul ne peut cumuler toutes les fonctions nécessaires à la vie en société. Ainsi, les hommes ne peuvent vivre hors de la société (à moins de perdre leur qualité humaine).

HEGEL, Leçons sur la Philosophie de l’Histoire : l’outil est le miroir de l’esprit

L’homme est avant tout travailleur et technicien. Il a prouvé par l’expérience l’éminente dignité des instruments qui permettent d’humaniser le monde, cela signifie s’y sentir toujours plus comme les maîtres. “L’outil est la ruse de la raison par laquelle la nature est tournée contre la nature.” écrit Hegel.

Pour rappel, ce philosophe place l’Esprit au-dessus de la matière , au-dessus de la nature. Ainsi, “un instrument inventé par l’homme est plus haut qu’une chose de la nature, car il est une production de l’Esprit.” En résumé, l’outil est une manifestation physique de l’esprit pour dompter la nature. 

BERGSON, L’évolution créatrice : “L’intelligence a pour objet le solide inorganisé.”

Chez Bergson, l’intelligence désigne la faculté, l’outil permettant à l’homme de dominer le monde. Néanmoins, elle ne s’exerce que sur la matière brute dont elle ne retient que le stable. “L’intelligence vise d’abord à fabriquer”, ce qu’il y a de fluide, de mouvant dans le réel lui échappe en partie. En d’autres termes, l ’intelligence n’est pas adaptée au flux et au devenir. C’est le rôle de l’intuition bergsonienne d’accéder à la dimension spirituelle du réel. 

BACON, Novum organum : “On ne peut vaincre la nature qu’en lui obéissant.”

La technique permet à l’homme de dompter le réel. Cependant, elle ne se dresse pas face à la nature mais lui obéit. Plutôt, elle se sert de la nature pour pouvoir la vaincre. En effet, “l’homme n’étend ses connaissances et son action qu’à mesure qu’il découvre l’ordre naturel des choses, soit par l’observation, soit par la réflexion.”

Sans connaissance de la nature, il m’est impossible de la diriger . Or, c’est là l’ importance décisive des instrument s : “les instruments de l’esprit l’aident à saisir la vérité ou à saisir l’erreur.” Ainsi, la découverte des causes naturelles nous apporte science et technique, lesquelles permettent de vaincre la nature. 

DESCARTES, Discours de la Méthode , Tome I : “Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.” 

La technique et les outils ont pour Descartes un objectif moral : celui d’améliorer les conditions de vie des hommes. La connaissance de la physique doit nous permettre de maîtriser et posséder la nature. Le premier but est d’abord de protéger la santé de l’homme , que Descartes considère comme “le premier bien et le fondement de tous les autres”. En bref, la physique se doit d’être pratique , son action est loin d’être inutile et abstraite.

Lire plus : Le monde totalitaire selon Arendt : La nature du totalitarisme (1/2)

COMTE, Cours de philosophie positive : “Science d’où prévoyance: prévoyance d’où action”

Dans cet ouvrage, Comte décrit les trois états de la science. Dans l’état théologique , l’esprit humain tourne ses recherches vers les connaissances absolues, seules qui ne sont pas subordonnées aux phénomènes naturels. L’état métaphysique désigne quant à lui la croyance en des entités. Enfin, l’état positif , stade final, est celui dans lequel s’effectue la recherche des lois de la nature .

“Science d’où prévoyance: prévoyance d’où action” : la science permet l’action par la prévision. L’exemple le plus flagrant est la météorologie, dont le but est précisément de prévoir, mais cela s’applique à toute science. En effet, les connaissances naturelles, loin d’enchaîner l’homme à un aveugle destin, le libère en lui permettant de prévoir . A travers cette pensée, savoir et pouvoir sont réunis et ne forment qu’un. 

Pour Comte, “les sciences ont une destination plus directe et plus élevée : celle de satisfaire au besoin fondamental qu’éprouve notre intelligence de connaître les lois des phénomènes” . En résumé, le but des sciences est de satisfaire notre besoin de savoir avant tout. Connaître et agir sont les buts fondamentaux de la science.

ROUSSEAU, Discours sur les Sciences et les Arts : les effets du progrès

A l’inverse de Descartes, Rousseau critique fortement la technique et tout ce qui touche à la société. Selon lui, le progrès corrompt l’homme naturel. L’entrée dans l’état civil était déjà une grande perte de liberté et les avancées techniques n’arrangent pas la situation. Plus les sciences et les arts se sont perfectionnés, plus la morale a régressé , constate Rousseau.

“Nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection.” Il ajoute : “On a vu la vertu s’enfuir à mesure que la lumière s’élevait sur notre horizon”. Si pour le philosophe français le progrès de la connaissance est responsable de la dépravation des mœurs, Kant y voit plutôt une forme de prise de conscience grandissante.

Dit autrement, ce qui autrefois nous paraissait bon peut être vu comme immoral après évolution de notre mentalité, de nos normes sociales. Pour Kant au contraire, le progrès pousse l’homme vers la vertu.

BOUTOT, Heidegger , “Que sais-je” : la technique opère dans le vide de l’être

Pour Heidegger, l’essence de la technique manifeste un vide spirituel, un oubli de l’être , elle exprime la détresse de notre temps. De son temps en particulier, ce philosophe a vu comment l’homme a dévasté la terre et organisé, par la technique, la pénurie spirituelle.

La technique exprime le vide ontologique le plus total, elle menace l’homme dans sa relation à l’être. Il écrit donc : “La technique met l’homme en péril”, elle menace “l’essence pensante de l’homme” et son rapport à l’être. A cause de la technique moderne, “l’homme erre dans un non-monde.”

WEBER, Le savant et le politique : la science désenchante le monde

Les progrès scientifiques désenchantent le monde. Ils sont sans cesse dépassés par de nouveaux.  La science obéit aux lois du progrès. Elle est u ne occupation qui n’a et ne peut avoir de fin. Contrairement à la pensée de Descartes, la science n’a ici que des buts techniques et pratiques.

“Tout cela n’a de signification que pour “l’homme de la pratique ””, écrit Weber. L’homme de science recherche la science pour la science elle-même, laquelle fait partie d’un processus d’intellectualisation du réel. Celui-ci n’améliore pas notre connaissance de nos conditions de vie.

Faisant ainsi, nous expulsons du monde toute puissance magique, toute mysticité. Les mystères qui autrefois nous échappaient en sont réduits à n’être que de simples phénomènes physiques. La technique construit un monde désenchanté. Il s’agit d’un monde “sans magie” (Catherine Colliot-Thélène, spécialiste de la pensée de Weber).

JONAS, Le principe de responsabilité : l’éthique et les menaces mortelles de la technique

Constatant lui aussi les dangers de la technique humaine sur la nature, Jonas élabore une pensée morale. Une éthique est exigée face au déchaînement du prométhéisme. En effet, la technique ne se contrôle plus, devenant un danger menaçant l’humanité entière et son essence. Cette technique est dépourvue de morale. Ce monde nouvellement créé, le monde moderne, “la terre nouvelle de la pratique collective […] est encore une terre vierge de la théorie éthique.”

La technique a bouleversé nos principes éthiques et met notre humanité en péril. Jonas lance une injonction : la technique doit préserver une vie authentiquement humaine. Pour ce faire, il faut l’encadrer d’une éthique, d’un principe de responsabilité.

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dissertation philosophie progrès technique

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COMMENTS

  1. La technique

    La technique - dissertations de philosophie La technique - dissertations de philosophie Est-il raisonnable de critiquer le progrès technique ? Est-il souhaitable de réaliser tout ce qui est techniquement possible ? Faut-il limiter la puissance humaine ? La technique est-elle une menace pour l'humanité ?

  2. Le progrès technique rend-il l'être humain plus heureux

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  3. Philosophie : Sommes-nous maîtres du progrès technique

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  6. La technique

    La technique est une activité proprement humaine qui se définit comme l'ensemble des procédés utilisés par l'être humain pour transformer la nature par le travail. Cette activité proprement humaine repose sur la création de l'objet technique. La technique permet alors à l'être humain de maîtriser son environnement. A.

  7. PDF Faut-il Avoir Peur De La Technique

    Car l'homme peut avoir peur (peur panique, instinctive) devant cette technique qui le rend comme un sorcier dans la nature. Sorcier qui ne connaît pas les conséquences de ses propres manipulations, des ses propres techniques. La peur de la technique est la peur de l'homme face à son pouvoir de transformation de la nature et de sa propre ...

  8. Dissertations sur La technique

    La dissertation philosophique qui suit explore la question de savoir si l'efficacité d'une technique détermine sa bonté. Nous analyserons les différentes perspectives philosophiques, éthiques et pratiques pour comprendre la complexité de cette relation entre efficacité et bonté dans le domaine technique. Lire la suite Dissertations

  9. La technique est-elle naturelle à l'homme ? Corrigé de dissertation

    II) LA TECHNIQUE EST CULTURELLE ET NON NATURELLE : ELLE ELOIGNE L'HOMME DE LA NATURE. A) La technique fait sortir l'homme de la nature et le fait entrer dans l'histoire. Rousseau, Discours sur l'Origine et les Fondements de l'Inégalité parmi les hommes. B) La technique doit nous rendre "comme maîtres et possesseurs de la nature".

  10. Dissertation sur la Technique

    Le travail est essentiel pour l'homme et la technique en est caractéristique. La solution se trouve dans la raison, la prise de conscience, réflexion : nous pouvons à cet égard citer le penseur et humaniste Rabelais : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Il ne faut plus utiliser la technique pour exploiter la ...

  11. Le bonheur de l'humanité pourrait-il venir du progrès technique

    Le progrès technique provient des efforts conjoints des scientifiques, qui réalisent leurs recherches dans la matière, et des capitalistes, qui financent massivement ces recherches pour s'abreuver ensuite des profits. Comme disait Merleau-Ponty dans son Eloge de la philosophie : « On n'explique rien par l'homme, puisqu'il n'est ...

  12. La technique nous rend-elle plus libre ?

    Le caractère libérateur de la technique se situe à un stade précis de son évolution, à savoir avant et pendant de son introduction dans l'industrialisation. Dans l'ère du monde numérique, la technique nous encore rend plus libre, mais selon une liberté nuancée, dénaturant le véritable bonheur.

  13. Le Progrès Technique

    Le thème du progrès technique est un sujet important en philosophie qui concerne les avantages et les inconvénients du développement technologique. Au niveau terminale, on peut étudier le progrès technique sous différents angles, notamment son impact sur la société, la nature du progrès technique, et les enjeux éthiques liés au progrès technique.

  14. La technique nous rend-elle libres

    La technique est l'art de concevoir et réaliser les outils offrant au corps humain de nouvelles capacités. Alors, si la liberté est la possibilité de réaliser sa propre essence, de devenir ce qu'on doit être, la technique étant pour l'homme ce qui lui permet de s'accomplir, est bel et bien ce qui le rend libre.

  15. Progrès Technique Philosophie

    Dissertations Gratuits : Progrès Technique Philosophie. Recherche parmi 296 000+ dissertations Par nikita25 • 8 Janvier 2013 • 2 223 Mots (9 Pages) • 2 644 Vues Page 1 sur 9 Philosophie Le progrès technique est-il source d'illusion ? Introduction : Le progrès technique s'oppose à la nature.

  16. Le bonheur de l'humanité pourrait-il venir du progrès technique

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  17. Introduction dissertation sur le progrès technique

    Le progrès technique est l'ensemble des innovations, autrement dit les applications industrielles ou commerciales d'une invention, (qui permettent d'améliorer la production en accroissant la productivité) permettant d'améliorer l'efficacité du système productif, de créer de nouveaux produits ou de nouveaux procédés commerciaux.

  18. Dissertation : devrait-on avoir peur du progrès technique

    Dissertation Dissertation Format .odt Est-il raisonnable d'avoir peur du progrès technique ? - publié le 18/07/2022 Thèmes abordés Progrès technique, peur du progrès technique, accident technologique, peur de l'inconnu, Descartes, intelligence artificielle, peur contre-productive, Hans Jonas, principe de précaution Lecture Résumé Sommaire Extraits

  19. Sujet 2. Le progrès technique nuit-il à l'emploi ?

    Introduction à l'économie monétaire. Dunod, 2021. Premières lignes. Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire. Compléments numériques : mode d'emploi. Alain Beitone Christophe Rodrigues. La dissertation de science économique. Dunod, 2019.

  20. Progrès technique

    Dissertation : Progrès technique. Recherche parmi 295 000+ dissertations Par Flowzee • 1 Avril 2020 • Dissertation • 1 067 Mots (5 Pages) • 920 Vues Page 1 sur 5 L'Homme c est opposé à la nature et progressivement l a transformée.

  21. La technique en philosophie : les principales thèses

    La technique exprime le vide ontologique le plus total, elle menace l'homme dans sa relation à l'être. Il écrit donc : "La technique met l'homme en péril", elle menace "l'essence pensante de l'homme" et son rapport à l'être. A cause de la technique moderne, "l'homme erre dans un non-monde.".